Propriétaire d’un dépanneur, dans la ville de Tizi Ouzon, dans la région de Kabylie, Belaïd Toumi a quitté l’Algérie parce qu’il a reçu de sérieuses menaces de criminels. « Il fallait que je paie des rançons chaque mois, sinon ils menaçaient de me kidnapper, de me tuer ou de prendre un membre de ma famille », raconte le père de trois enfants, dont un est né au Québec.
Dans cette région, les commerçants sont enlevés régulièrement, affirme-t-il. Un article de journal paru en novembre 2010 relate que 60 enlèvements ont été enregistrés en quatre ans. Les entrepreneurs sont les principales cibles des malfaiteurs. D’ailleurs, la Section de la protection des réfugiés a reconnu qu’en Algérie, les commerçants et leurs familles sont à risques.
Malgré tout, leur demande d’asile a été refusée en 2011 et celle de résidence pour des causes humanitaires vient tout juste d’être rejetée, le 5 juin dernier. La famille Toumi se tourne maintenant vers le ministre de l’Immigration, Jason Kenney, qui a le pouvoir de faire renverser cette décision.
« Je ne veux pas retourner en Algérie »
Depuis son arrivée il y a quatre ans, la famille algérienne s’est parfaitement intégrée à sa communauté. M.Toumi et sa femme Hakima Benkanoun ont fait du bénévolat au CHSLD de Mont-Tremblant et travaillent à l’hôtel Hilton Homewood Suites, à Mont-Tremblant, où ils sont appréciés de leurs collègues.
Les deux jeunes enfants du couple, Amar, 12 ans, et Ali yani, 10 ans, ne parlent plus l’arabe, la langue officielle de l’Algérie. Ils ne veulent pas retourner là où ils sont nés. « Je ne veux pas quitter mes amis, mon école et mon équipe de soccer pour recommencer tout à zéro », dit Ali yani.
Son frère, qui passera au niveau secondaire l’an prochain, tient le même discours. « J’ai réussi à m’adapter au Québec », lance Amar.
Leur père craint que s’ils retournent en Algérie, ses enfants ne puissent plus étudier.
Son beau-frère Rachid Benkanoun a lui aussi peur pour eux. « En plus de ne pas connaître la langue du pays, les enfants seront, s’ils retournent en Algérie, confrontés à un environnement hostile très différent de celui du Québec. Ils seraient des proies faciles ».
Soulignons que la petite dernière, Leanne, 3 ans, n’a jamais mis les pieds en Algérie. Elle est la seule à avoir sa citoyenneté canadienne. Si sa famille est expulsée du pays, la fillette devra suivre.
Des appuis importants
La famille n’est pas seule dans ce combat puisque plusieurs personnes influentes les appuient. C’est le cas notamment du député de Labelle, Sylvain Pagé, du maire de Mont-Tremblant, Pierre Pilon, et du député NPD de Laurentides-Labelle, Marc-André Morin.
Ce dernier prendra la parole la semaine prochaine pour convaincre le ministre de l’Immigration de ne pas expulser la famille. « M. Toumi parle toujours avec enthousiasme de la région de Mont-Tremblant. Il forme, avec sa famille, l’exemple même de ce que le comté désire de ses nouveaux arrivants. Leurs trois enfants se sont remarquablement bien intégrés à la vie scolaire et sociale du Québec », observe le député Morin dans une lettre.
La communauté tremblantoise est derrière les Toumi, remarque le beau-frère de Belaïd Toumi. « Il y a plusieurs témoignages de sympathie », affirme-t-il.
Dans un long rapport, une section est dédiée aux lettres des connaissances et amis de ces Tremblantois d’adoption. On décrit M. Toumi comme un très bon collègue, un homme honnête, fiable et travaillant. Un facteur ressort principalement de ces lettres : l’intégration réussie de la famille.
Malgré tout, celle-ci baigne dans l’incertitude : les Toumi ne connaissent toujours pas la date de leur expulsion, mais ils espèrent encore un miracle.
Pour l’instant, M. Toumi, avec ses enfants, visite régulièrement sa femme, à l’hôpital Laurentien de Sainte-Agathe, où elle reçoit des soins après avoir subi un choc nerveux il y a plus d’une semaine et demie. Son état est la conséquence du stress lié à la situation précaire de son clan, estime M. Toumi.

