Des mauves et des roses; du bleu, du jaune, du blanc de ciel et des blancs liquides. Le sourire d’une fleur, le chant d’une feuille, d’un arbre, d’un ruisseau ou d’une rivière. Le chant du silence. La lumière du silence. Une lumière, non pas captive, mais épanouie, douce, sereine, alanguie sur les toiles. Des orangés, aussi. Flamboyants. Et des gris et des ocres plus discrets, mais ô combien nécessaires pour mettre en relief les reflets de la nature et de ses humeurs.
Holly Friesen peint de façon intuitive, viscérale. « Je sens que je ne suis plus en phase d’observation du monde naturel qui m’entoure, mais plutôt que, suite à une sorte de renversement des rôles, c’est la nature qui semble m’observer », écrit-elle dans la présentation de son travail. « Depuis que René Descartes a écrit « je pense, donc je suis », il y a eu séparation entre notre tête et notre corps, me fait-elle remarquer. Nous devons, je crois, ne pas oublier qui nous sommes réellement. Il nous faut apprendre à nous reconnecter, à nous soigner nous-mêmes. Lorsque nous irons mieux, individuellement et collectivement, l’humanité, la nature, la planète iront mieux. » @ST :Apprendre à voir
Holly Friesen se reconnecte et se soigne grâce à la peinture. Née en Saskatchewan, arrivée très jeune à Montréal qu’elle adore, elle a étudié les arts visuels au collège John Abbott. Elle a poursuivi en peinture à l’université York de Toronto, et sous le parrainage de plusieurs artistes reconnus à travers le Canada et dans plusieurs pays européens. Elle a, surtout, observé, encore et encore, toutes les splendeurs de la nature. Elle a beaucoup voyagé et a pu, au fil des années, apprendre à voir. La peinture à l’eau, commode quand on voyage à moto avec tente et sac à dos, a longtemps constitué l’ingrédient principal de sa palette de peintre. Sa redécouverte plus récente des qualités de l’huile et de l’acrylique lui a permis d’élargir les possibilités de transposition du monde sur des toiles qui se sont agrandies à la mesure de sa propre connexion avec le monde. « Je peux certes parler de ma démarche de façon intellectuelle, mais lorsque je peins, je ne pense pas, ajoute-t-elle. Ma façon de peindre est devenue à la fois plus spirituelle et plus physique, un peu comme une danse. Il n’y a plus de séparation entre le monde et moi. » Il n’y a plus de séparation non plus entre Holly et la peinture. En 2006, année explosive, elle a vécu un cancer du sein, la rupture d’un long mariage et le désarroi de voir les enfants devenus grands quitter le nid. Elle a troqué le confort matériel pour l’incertitude financière. « Je vis sur la corde raide, mais, cela n’a pas beaucoup d’importance, pourvu que je puisse peindre. » Elle hiverne à Montréal et passe ses étés à Mont-Tremblant, à la Grange du Grand Lodge, qui lui tient lieu d’atelier. La grange est un monde mitoyen entre la solitude et la foule. Elle a dû apprendre à peindre devant public. Lorsqu’elle est à Montréal, elle photographie pratiquement tous les jours la toile en cours de processus. Les photos voyagent sur Internet vers d’autres artistes ou vers des amateurs qui lui disent souvent que, paradoxalement, cette mise à nu quotidienne ajoute au mystère de ses toiles. Holly Friesen respire indéniablement la joie de vivre, et surtout la joie de peindre. Dans un silence riche en sonorités lumineuses. On peut aussi admirer ses œuvres à la Maison des arts de Saint-Faustin-Lac-Carré. Sur Internet : www.hollyfriesen.com
