Ce fut un choc pour ses parents qui n’ont pas trouvé évident de se faire dire - sans gant blanc - que leur fils était autiste. « À trois ans, il ne parlait pas bien et marchait sur la pointe des pieds. (…) C’est le pédopsychiatre qui nous l’a annoncé et on n’a pas eu beaucoup d’explications. Il n’y a pas de mode d’emploi », confie sa mère.
Parce que Serge-Philippe était en bas âge, il a rapidement été pris en charge par les services sociaux. Ce ne fut pas le cas pour son grand frère qui a reçu le diagnostic neuf mois plus tard, alors qu’il avait 14 ans. « Entre 0 et 5 ans, c’est instantané. Sinon, il y a de longues listes d’attente », explique Kitsy, la technicienne en éducation spécialisée (TES) du Centre Le Florès,.
La famille a dû traverser plusieurs épreuves, dont celle du jugement. Serge-Philippe était différent. « Il a des tics nerveux, j’ai parfois eu à faire face à des commentaires plates », nous confie sa mère. « Les gens croient qu’il est mal élevé parce qu’il ne dit pas bonjour. Ce n’est pas ça, il est juste inconscient », confie sa maman.
Aujourd’hui, Serge-Philippe a 12 ans et apprend chaque jour à s’intégrer dans la société. Chaque autiste est différent, d’où la complexité du problème. « Certains sont hypersensibles d’autres sont hyposensibles », explique Kitsy.
Ils n’ont pas tous le sens du danger : « Serge-Philippe ne le voit pas. Il doit l’apprendre », mentionne sa mère. Lors de sa première sortie à vélo, personne n’a mentionné à Serge-Philippe qu’il est essentiel de freiner, surtout dans une côte. Résultat? Toute une chute! Il a tout de même apprécié son expérience : « J’aime ça quand ça va vite! ».
Son rêve : devenir humoristeSerge-Philippe ne sait pas lire, ni écrire, angoisse facilement, n’aime pas le bruit, ne comprend pas les formules de politesse et leur signification, mange la tête dans l’assiette, n’a pas la même compréhension des choses, a peu d’inhibition et a de la difficulté à entrer en relation avec les autres. « Il faut être très organisé, avoir une routine, de la stabilité. C’est très dur (…) La colère monte parfois », confie sa mère en parlant des ressources qui ne sont pas toujours disponibles. Pour diverses raisons, les intervenants changent souvent, ce qui angoisse davantage le jeune autiste. Les heures d’accompagnement sont continuellement diminuées : « La demande est forte et on manque de ressources », affirme Kitsy.
D’un autre côté, le jeune garçon, qui est très attachant d’ailleurs, a des rêves et des loisirs comme les autres : « Je voudrais être humoriste plus tard », nous dit-il. Il hoche vivement la tête lorsqu’on lui demande s’il aime faire des exposés oraux devant la classe. Ses yeux s’illuminent lorsqu’on lui parle de casse-tête, de Mario Bros, de dessin et de planche à roulettes. Il a été étonnamment calme tout au long de l’entrevue, assis à la table de la cuisine, avec les grands.
Serge-Philippe fera son entrée au secondaire en septembre, un moment angoissant à la fois pour lui et ses parents.

